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« La technologie ne fait pas tout »

technologie ne fait pas tout

A l’heure où la qualification des personnes handicapées est pointée du doigt, des parcours comme celui de Pierre Marragou donnent de l’espoir. Il est aujourd’hui chargé de mission projets européens à la Métropole Européenne de Lille.

Votre parcours, en quelques mots ? Malvoyant de naissance, je suis devenu aveugle à 17 ans. J’ai suivi une scolarité classique en milieu ordinaire dans la région de Montpellier. Après mon Bac, j’ai fait une classe préparatoire pour passer le concours de Sciences Po Paris. J’ai obtenu un Master spécialisé dans les affaires européennes. J’ai ensuite décidé de passer un concours dans le public et j’occupe depuis deux ans le poste de chargé de mission projets européens à la Métropole Européenne de Lille. Je traite de sujets d’attractivité : valorisation des secteurs économiques de pointe, tourisme, innovation… De quelles aides avez-vous pu bénéficier ? J’ai eu la chance de bénéficier de différents appuis, pendant et après ma scolarité. D’abord celui d’un service spécialisé rattaché à une association qui intervient dans les établissements scolaires ordinaires – le S3AIS (Service d’Aide à l’Acquisition de l’Autonomie et à l’Intégration Scolaire). Ce service m’a permis de traduire des documents, d’apprendre le braille, de maîtriser des techniques de déplacement… A Sciences Po, j’ai profité de l’appui de la mission handicap : traduction des documents dans des formats accessibles, matériel spécialisé (synthèse vocale, flash braille…) dans les locaux de la bibliothèque… Des étudiants m’ont également aidé à faire la lecture lors de mes recherches. A quelles difficultés avez-vous dû faire face ? De façon générale, je n’ai pas rencontré de blocages insurmontables. Dans l’entreprise, j’ai été accueilli par une équipe sensibilisée au handicap. La principale difficulté concerne la recherche de l’information. Les dispositifs et les technologies existent mais sont éclatés et ne sont pas connus. On peut se trouver parfois démunis pour y accéder. La seconde chose à avoir en tête est que la technologie ne fait pas tout, dans le travail notamment. Pour une bonne intégration, il est nécessaire d’avoir une aide humaine, une bonne organisation des équipes. Par exemple, si la revue écran ou un bloc-notes braille permettent de lire des documents complexes, ils ne nous donnent pas une idée précise de l’apparence visuelle. Si vous deviez donner des conseils aux personnes handicapées qui cherchent un emploi ? Il faut savoir s’entourer, taper à la porte des associations et des lieux de discussion pour échanger et accepter son handicap, préalable à toute intégration. Pour ma recherche d’emploi, j’ai été aidé par le club emploi de l’association GIAA (Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes). Un binôme voyant/déficient visuel – généralement des anciens cadres – accompagne un malvoyant dans la structuration de ses recherches et la préparation de ses entretiens notamment. La manière de parler de son handicap est déterminante pendant une recherche d’emploi. D’après mon expérience, il vaut mieux en parler avant l’entretien, que ce soit dans le CV (en mentionnant la RQTH par exemple), dans la lettre de motivation ou au téléphone. Et au moment de l’entretien, il faut parvenir à aborder le sujet de façon factuelle. Dans tous les cas, la surprise est mauvaise conseillère !